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Paul-André Gauthier, inf. aut., CEC, DÉM, M. Sc. inf., Ph.D. (en nursing)

Ontario

Pourquoi avoir choisi de devenir infirmier clinicien spécialisé?
Dans la vie professionnelle, lorsqu’on atteint un certain plateau, nous devons réfléchir aux moyens d’améliorer notre pratique et de poursuivre l’apprentissage. Je voulais faire un retour aux études et me mettre au défi dans un domaine différent de la pratique infirmière. Je me suis spécialisé en soins palliatifs et j’ai fait le programme de maîtrise en 1989-1990. J’ai suivi plusieurs cours théoriques et fait un stage clinique à l’Hôpital Royal Victoria à Montréal, qui fait figure de proue en soins palliatifs en Amérique du Nord.

Après avoir obtenu ma première maîtrise, j’ai tout de suite entrepris une maîtrise en sciences infirmières pour savoir comment améliorer mes compétences infirmières. En 1991, j’ai fait plus de 700 heures de travail clinique auprès de gens souffrant du VIH/sida. Je voulais savoir comment les conseiller car, les traitements contre le VIH/sida n’étant pas tellement efficaces au début des années 90, les clients étaient voués à une fin tragique. Les connaissances que j’ai acquises dans le premier programme à travailler en soins palliatifs se sont avérées très utiles dans le cadre de ma deuxième maîtrise lorsque je prenais en charge des gens touchés par le sida. Je me suis ensuite rendu à Edmonton, en Alberta, pour poursuivre mon Ph. D. en sciences infirmières et me spécialiser et en apprendre plus sur la façon dont la recherche qualitative peut améliorer les soins.

Le programme de maîtrise en sciences infirmières permet de passer beaucoup de temps en clinique et à exercer. Afin de devenir spécialiste dans un contexte de soins de santé, il faut être un expert dans ce domaine clinique. On ne peut pas se qualifier de spécialiste si on n’a pas fait de travail clinique dans le cadre du programme de maîtrise. J’aime faire une analogie avec la natation. La théorie et la pratique sont comme la natation : on peut prendre 10 cours de natation théoriques et obtenir de très bons résultats, mais on ne sera toujours pas en mesure de nager jusqu’à ce qu’on pratique dans l’eau. On doit apprendre à nager dans l’eau, sinon on risque la noyade. C’est la même chose pour la pratique infirmière clinique.

Comment croyez-vous aider le plus vos clients?
En étant présent et attentif à leurs besoins. Vous devez porter attention à ce que vos clients disent et ressentent. Mon doctorat traitait des défis et des préoccupations du personnel infirmier au sein du système de soins de santé travaillant auprès de clients en oncologie.

J’ai travaillé dans de nombreux domaines infirmiers au cours de ma carrière. Je n’ai pas la prétention d’être parfait, car j’ai encore beaucoup à apprendre. Chaque situation et chaque client nécessite un traitement différent; il n’existe pas de « recette » unique pour en aborder tous les aspects. Nous devons écouter, résumer et tenter de trouver ce qui fonctionne le mieux pour le client dans cette situation précise. Nous devons faciliter ce processus. Je travaille avec les gens à partir du début de leur maladie terminale (dès le diagnostic) jusqu’à leur décès.

Même si j’ai pris ma retraite et que je n’enseigne plus, je demeure très actif en soins infirmiers. J’effectue encore du travail clinique chaque semaine auprès de gens en phase terminale. Lorsque nous confions aux gens la prise de décisions concernant une situation qu’ils ne comprennent pas, ils éprouvent de la confusion. Nous devons les accompagner au cours du processus décisionnel. Il est très important de tenir des discussions ouvertes; lorsque c’est le cas, les gens se sentent soulagés. En outre, leur compréhension fait partie de leur consentement éclairé.

Qu’est-ce qui est le plus valorisant et le plus difficile dans votre travail?
L’aspect le plus valorisant est la satisfaction que je perçois dans les yeux des gens lorsque je sais que je leur ai apporté mon aide. Nous avons des discussions constructives qui les aident à aller de l’avant. Je leur fournis des réponses qu’ils n’auraient pas obtenues auparavant. Comme chaque personne est maître de son propre corps, comment puis-je l’aider à prendre en charge ses propres soins ou la maladie? Les gens ont besoin de comprendre ce qui se passe.

La difficulté pour moi est le mythe selon lequel les soins de santé sont la panacée. Ce n’est pas le cas, nous ne pouvons pas tout guérir. Nous pouvons administrer des médicaments et des traitements qui peuvent améliorer la qualité de vie. Encore là, il existe tellement de connaissances, de données de recherche, de traitements et d’expertise infirmière qui sont sous-exploités. Nous devons creuser plus loin. Nous devons aider les gens pour qu’ils prennent en main leur propre situation. Nous ne pouvons pas seulement nous limiter à administrer des médicaments; ce ne sont pas des soins appropriés. Nous devons faire appel au processus infirmier en entier.

En savoir plus sur Paul-André
Je suis présentement conseiller en pratique infirmière clinique spécialisée. Il y a quelques années, j’ai assumé un nouveau rôle, celui de président de la Clinical Nurse Specialist Association of Ontario (CNS-ON), qui a pour but de renforcer la visibilité des infirmières et infirmiers cliniciens spécialisés (ICS), ainsi que de protéger la désignation ICS. L’ICS devrait posséder un diplôme d’études supérieures en sciences infirmières ainsi qu’une maîtrise qui comprend de l’expérience clinique avancée. Nous parlons d’au moins 500 heures pour les futurs ICS.

M. Gauthier accorde des entrevues régulièrement aux médias depuis 2003, dont plus de 300 entrevues officielles publiées ou diffusées en onde. En 2012, il a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. En 2014, il était récipiendaire de la Distinction June Callwood Circle pour contribution bénévole exceptionnelle en soins palliatifs. En avril 2015, il a obtenu un Lifetime Achievement Award de l’AIIAO et en est devenu un membre honoraire à vie. Il a même reçu un prix international, l’Ordre de la Pléiade, pour son engagement envers la francophonie. Tous ces prix ont trait à son travail bénévole auprès de la communauté. M. Gauthier demeure actif dans le domaine des soins infirmiers parce que c’est sa passion et qu’il continue d’apprendre et il veut continuer à contribuer à la communauté et à la société.