Accueil > La pratique des soins infirmiers > Pratique factuelle > Galerie de définitions

Galerie de définitions

La pratique basée sur les données probantes (evidence-based practice), la prise de décision éclairée par les preuves (evidence-informed decision-making) peuvent être définies de plusieurs façons et les expressions mêmes varient. Une des définitions les plus citées vient de Sackett et coll. qui ont défini la médecine fondée sur les données probantes (evidence-based medicine) comme étant « l'utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des meilleures données disponibles pour la prise de décision concernant les soins à prodiguer au patient. » (Sackett, Rosenberg, Muir Gray, Haynes & Richardson, 1996, p. 1)

Pour Newhouse et coll., la pratique basée sur les données probantes ou la pratique factuelle (evidence-based practice) est une méthode de résolution de problème pour le processus décisionnel en soins de santé qui intègre les meilleures preuves scientifiques disponibles avec les meilleures preuves résultant de l’expérience (patient et praticien). La pratique factuelle tient compte des influences internes et des influences externes de la pratique et incite à la réflexion critique dans l’application judicieuse des preuves aux soins du patient, de la population ou du système. (Newhouse, Dearholt, Poe, Pugh, & White, 2007, pp. 3-4)

Récemment, Melynk et coll. ont défini la pratique factuelle (evidence-based practice) pour le contexte infirmier comme une méthode de résolution de problèmes lors de la prestation des soins de santé qui intègre les meilleures preuves d’études bien conçues et de données de soins au patient, combinées de l’expertise clinique et des préférences et des valeurs du patient. (Melnyk, Fineout-Overholt, Stillwell & Williamson, 2010, p. 51)

Selon le OAPN Canadian Centre of Excellence (2010, p. 1), la prise de décision éclairée par les preuves (evidence-informed decision-making) est l’usage intentionnel et systématique des meilleures données disponibles pour soutenir l’évaluation des divers choix et la pratique liée à la prise de décision, au développement de programmes et à l’élaboration de politiques.

Dans son énoncé de position sur le processus décisionnel basé sur les données probantes et la pratique infirmière, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada définit la prise de décision éclairée par des preuves comme étant « un processus interactif et continu qui oblige à tenir compte de façon explicite, consciencieuse et judicieuse des meilleures preuves disponibles pour dispenser des soins. » (Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), 2010, p.1)

L’AIIC définit ensuite les preuves comme « des informations issues de la recherche et de l’évaluation scientifique de la pratique. Elles comprennent l’information tirée d’un vaste éventail de méthodologies rigoureuses comme les études quantitatives (essais contrôlés randomisés, études d’observation), les études qualitatives (études de cas, ethnographie, phénoménologie) et la méta-analyse. Les preuves incluent aussi l’avis d’experts sous forme de documents consensuels, de rapports de commissions, de règlements et de renseignements historiques ou expérientiels ». De plus, « il est impératif de reconnaître qu’aucun niveau de preuve n’élimine la nécessité de poser un jugement clinique professionnel et de tenir compte des préférences du client. » (AIIC, p.1) « Ce sont non seulement les preuves, mais aussi les valeurs individuelles, le choix du client, les théories, le jugement clinique, l’éthique, la législation, la réglementation, les ressources des soins de santé et les milieux de pratique qui ont un effet sur la prise de décision en pratique infirmière. » (AIIC, p.3). Pour l’AIIC, « La prise de décision éclairée par des preuves constitue un élément important des soins de qualité dans tous les domaines de la pratique infirmière. Elle joue un rôle essentiel dans l’instauration de changements dans tout le système de soins de santé. » (AIIC, p.1)

Madame Karen Morin le résume bien : sans égard aux définitions utilisées, les éléments clés de la pratique factuelle comprennent la résolution d’un problème ou d’une question clinique par l’examen des meilleures preuves scientifiques disponibles et de leur intégration aux préférences du patient et à l’expertise du praticien. (Morin, p.1) Elle ajoute qu’il ne faut pas confondre l’expression « utilisation de la recherche » des années 1970 et 1980, que Newhouse et coll. (2007) distinguent comme étant centrée uniquement sur les publications à la suite de recherche en ignorant la littérature grise, les données organisationnelles et les données produites lors de projets d’amélioration de la qualité et celle des experts.

La notion de médecine factuelle (evidence-based medicine) s’est élargie pour inclure plusieurs disciplines telles que les soins infirmiers basés sur les preuves et l’élaboration de politiques. Dans chaque cas, les soins de santé basés sur les données comprennent l’expertise des praticiens et des gestionnaires pour mieux combiner dans la prise de décision les meilleures données disponibles, la connaissance des ressources disponibles selon les circonstances ainsi que les valeurs et les préférences du patient et de la population. (Centre de collaboration nationale des méthodes et outils, 2010, par. 3).

La médecine factuelle a été critiquée largement en partie à cause du mythe que les seules preuves acceptables soient issues de recherches contrôlées randomisées ou de méta-analyses. Donald Berwick, un expert en amélioration de la qualité de Harvard, a déclaré en 2008 que l’usage des méthodes de médecine factuelle doit parfois prendre un second rang aux soins centrés sur le patient. (Rahman & Applebaum, 2010) La médecine factuelle a aussi été critiquée pour passer outre l’expérience et l’instinct du praticien. Le résultat est qu’on a commencé à utiliser l’expression « la prise de décision éclairée par les preuves » (Evidence-Informed Decision Making (EIDM)) pour tenter de faire baisser la résistance à la pratique factuelle et de reconnaître que d’autres types de données sont utiles et importantes dans la prise de décision.

Selon l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, « La distinction entre les expressions « fondé sur des preuves » et « éclairé par des preuves » est importante. Le concept de la prise de décision éclairée par des preuves s’appuie sur les soins de santé fondés sur des données. Il reconnaît les nombreux facteurs autres que les preuves – par exemple, les ressources disponibles ou les normes culturelles et religieuses – qui ont un effet sur la prise de décision. » (AIIC, 2010, p.3)