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Il est essentiel de prendre soin des infirmières et infirmiers en soins intensifs

Les infirmières et infirmiers en soins intensifs de bien des régions du Canada sont sur le point de s’effondrer.

Avant la pandémie, leur nombre était déjà limité. À l’heure actuelle, ils souffrent d’épuisement, de traumatismes, ressentent de la tristesse et ne tolèrent plus les politiques concernant leurs soins.

Non, ils ne « gèrent » pas la situation et ils ne vont pas BIEN. La force de continuer commence à leur manquer. Sans eux, il n’y a plus de soins intensifs. C’est aussi simple que cela.

Les 440 000 infirmières et infirmiers réglementés répondent à l’appel depuis le début. À ce jour, soit 15 mois après le début de la pandémie de COVID-19, les membres du personnel infirmier en ont assez des mots vides et de la flatterie. Ne les appelez pas des héros ou des anges gardiens et ne faites pas référence à leur capacité de résilience. On ne traite pas les héros de cette façon. La résilience sous-entend la relance et la faculté à rebondir. Pleurer dans les couloirs et les salles de pause entre les quarts de travail après avoir été témoin d’une souffrance humaine indescriptible ne constitue pas de la résilience.

Il ne faut pas confondre la résilience et l’éthique professionnelle, qui exige de ne pas abandonner les patients. Les infirmières et infirmiers démontrent du courage et de la résistance, mais, même dans ce cas, ils sont exploités à un point tel que les équipes des soins intensifs ne pourront plus continuer à fournir des soins.

En plus des pertes inimaginables qui hantent les patients, leurs familles et les fournisseurs de soins de bien des unités de soins intensifs, ces fournisseurs font face à l’extérieur de ces milieux à des tentatives visant à discréditer et à contester les meilleures données scientifiques mondiales et à calomnier nos dirigeants les plus crédibles de la santé publique. Ces tentatives découragent le personnel infirmier, les médecins, les thérapeutes respiratoires, le personnel responsable de l’entretien ménager, les préposés aux soins et tous les autres membres de l’équipe qui mettent leur propre vie en danger pour maintenir leurs compatriotes en vie.

Quels sont les faits concernant la prestation de soins infirmiers intensifs aux patients atteints de la COVID-19?

Aux soins intensifs, de nombreux patients atteints de la COVID-19 sont tellement malades qu’ils peuvent nécessiter les soins de plus d’une infirmière ou d’un infirmier. Mais, dans certaines régions du Canada, une infirmière ou un infirmier prodigue actuellement des soins à plusieurs patients. Cela présente un risque grave pour la sécurité des patients, et la détresse morale du personnel infirmier assumant la responsabilité de soins sous-optimaux est incommensurable. Au cours de la troisième vague actuelle qui s’accompagne de nouveaux variants, ce virus affecte beaucoup de jeunes patients en santé qui ont grandement été épargnés lors des deux premières vagues. Certains luttent en ce moment pour rester en vie.

L’« ouverture de lits » ne signifie pas qu’il y a aura de la place pour accepter plus de patients; car du personnel suffisant doit se charger de ces lits. Actuellement, l’intensité des soins requis par les patients en unités de soins intensifs a poussé les fournisseurs de soins jusqu’à atteindre leur limite. La notion d’équivalence entre les lits vides et la capacité disponible est tout à fait trompeuse. Nous demandons aux médias, aux gouvernements, aux représentants de la santé publique et aux dirigeants en milieux hospitaliers d’éviter d’employer ces propos trompeurs, étant donné que cela tient seulement compte de l’espace physique, mais pas de la capacité en matière de personnel et de ressources. Un tel manque de clarté alimente les propos de ceux qui refusent la gravité de l’urgence et ne décourage en rien les comportements à risque des Canadiens. Nos dirigeants doivent aborder ouvertement la capacité réelle du personnel, plutôt que le nombre de lits vides.

Certains membres du personnel infirmier sont déplacés de manière imprévisible, comme les pièces d’un jeu d’échecs, dans le système de santé. Cela témoigne du niveau de désespoir que nous connaissons et, même si cette situation n’est pas idéale, les infirmières et infirmiers comprennent leur nécessité pour remédier à la crise actuelle. Ce n’est cependant pas la première fois que cela se produit dans les soins infirmiers, et les décisions peuvent avoir des répercussions sur les soins aux patients. Les messages qui véhiculent l’interchangeabilité du personnel infirmier très qualifié, expérimenté et spécialisé montrent à quel point la pratique infirmière est mal comprise.

Nous devrions tous craindre la situation qui est survenue dans les soins d’unités intensifs, les soins de longue durée, la santé publique et tant d’autres secteurs. Pourquoi? Parce qu’une fois que la pandémie ralentira, ce sera le cas un jour, tous ces mêmes fournisseurs de soins, avec leur propre détresse, devront travailler des heures supplémentaires pour s’attaquer à des centaines de milliers de procédures accumulées et recoller les pots cassés des systèmes déficients. Nous avons appris que certains d’entre eux s’en iront tout simplement – c’est déjà le cas. S’ils démissionnent, qui fournira des soins à nos parents à l’urgence? À nos conjoints? À nos enfants? À nous-mêmes?

La société n’a pas encore commencé à étudier les conséquences du chagrin causé par la pandémie à l’échelle du Canada, mais cela suscite une inquiétude généralisée en lien avec la détérioration de la santé mentale. De plus, on imagine difficilement les effets sur la santé physique des procédures retardées et de la réduction des soins pour de nombreux états chroniques. Ces retombées à long terme dépendront de la mobilisation et de l’énergie de l’effectif. Toutefois, selon leur propre évaluation, la santé mentale de nombreux infirmières et infirmiers était déjà très fragile avant la pandémie. Ils sont maintenant poussés jusqu’à leur limite, voire au-delà de celle-ci, au travail et ils doivent affronter les mêmes craintes et difficultés lorsqu’ils retournent à la maison que toute autre personne au Canada. En ce moment, on se préoccupe sérieusement de la façon dont ils réagiront après la pandémie.

Aujourd’hui, alors que le besoin d’infirmières et infirmiers au Canada est encore plus urgent qu’à toute autre période de son histoire, ils courent le risque de s’effondrer totalement. Que pouvons-nous faire pour les aider?

  • Les gouvernements doivent travailler ensemble en tant que fédération durant cette crise. Il est nécessaire de mettre en place des mesures urgentes pour bloquer les frontières, faire cesser les déplacements dans la société, fermer tous les services non essentiels et soutenir ces mesures en offrant immédiatement des congés de maladie payés et un revenu de base à toute personne pour se procurer de la nourriture, se loger et subvenir à ses dépenses essentielles afin de permettre l’isolement en cas d’urgence.
  • Il faut vacciner immédiatement les communautés à risque élevé au pays, les travailleurs essentiels, souvent parmi les communautés racialisées, et toutes les personnes vivant dans des endroits à risque et au sein des groupes les plus à risque.
  • Les gouvernements et les organismes de réglementation doivent retirer immédiatement tous les obstacles réglementaires qui empêchent les infirmières et infirmiers réglementés de se déplacer entre les frontières dans leur lutte contre la COVID-19.
  • Les employeurs doivent faciliter l’embauche de travailleurs de la santé, offrir tous les avantages et toutes les primes possibles pour attirer et maintenir en poste le personnel dans les secteurs difficiles, où les postes sont difficiles à pourvoir, et collaborer avec les syndicats pour éliminer tous les obstacles au déplacement au sein d’organisations.
  • Les gouvernements et les employeurs doivent mobiliser immédiatement des équipes de gestion de la santé mentale et des crises afin de ne ménager aucun effort pour soutenir le personnel infirmier et ses collègues, à l’aide de séances d’information régulières en matière d’incidents critiques et de services de soutien émotionnel significatifs et accessibles en milieux de pratique.

Les 21 000 infirmières et infirmiers en soins intensifs du Canada peuvent être nos parents, nos proches, nos amis et nos voisins. En tant que ressource précieuse pour notre pays, ils sont des êtres humains très spécialisés et profondément dévoués qui adorent leur travail et qui défendent les droits des patients jusqu’à la fin. Dans l’épuisement général de la société, nous demandons à toutes les personnes vivant au Canada de bien les observer, d’écouter ce qu’ils ont à dire et de redoubler d’efforts pour faire ce qui convient pour prendre soin d’eux. Cela contribuera à leur donner l’énergie nécessaire pour continuer à nous prodiguer des soins à tous. Il revient maintenant à la société d’agir.

Tim Guest, M.B.A., B. Sc. inf., inf. aut.
Président
Association des infirmières et infirmiers du Canada

Mélanie Gauthier, inf. aut., B. Sc. inf., M. Int. Care N., CSI(C)
Présidente
Association canadienne des infirmières et infirmiers en soins intensifs

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